Lac Albert : quand la mauvaise gouvernance sécuritaire menace les ressources et la paix en Ituri
Par John LUFUKARUBU-TOLY
Le Lac Albert, joyau naturel stratégique pour la province de l’Ituri et pour toute la République démocratique du Congo, est aujourd’hui au cœur de graves préoccupations liées à sa gestion sécuritaire, environnementale et économique. Alors qu’il devrait être un levier de développement local et de souveraineté économique, il semble au contraire devenir un espace de non-droit, au détriment des communautés riveraines.
Une gestion sécuritaire défaillante
Sous l’état de siège, la gestion du Lac Albert relève principalement des autorités militaires. Pourtant, sur le terrain, de nombreux pêcheurs artisanaux, leaders communautaires et acteurs de la société civile dénoncent une absence de contrôle efficace et une tolérance inquiétante de pratiques illégales.
Des témoignages concordants font état de pêche illicite pratiquée ou protégée par certains éléments des forces navales, en violation flagrante des règles nationales de pêche et de protection des ressources halieutiques. Ces pratiques contribuent à l’épuisement du lac, fragilisent les moyens de subsistance des pêcheurs locaux et nourrissent un profond sentiment d’injustice.
Soupçons de collusion avec des groupes armés
Plus grave encore, plusieurs alertes citoyennes et rapports locaux évoquent des relations troubles entre certains acteurs armés opérant autour du Lac Albert et des milices locales, notamment la FRPI, pourtant officiellement engagée dans un processus de désarmement.
Sans préjuger des responsabilités individuelles, ces soupçons persistants soulèvent une question centrale :
👉 Comment expliquer la circulation d’armes, l’exploitation illégale des ressources et la persistance de l’insécurité dans une zone fortement militarisée ?
L’absence de communication claire, d’enquêtes publiques crédibles et de sanctions visibles ne fait qu’alimenter la méfiance des populations.
Les communautés locales, premières victimes
Les pêcheurs artisanaux subissent :
- des arrestations arbitraires,
- des taxations illégales,
- la confiscation de leurs matériels,
pendant que des réseaux mieux protégés continuent leurs activités en toute impunité.
Cette situation renforce la pauvreté, pousse certains jeunes vers l’économie criminelle et compromet durablement la paix dans une région déjà meurtrie par des décennies de conflits.
Responsabilité politique et devoir de redevabilité
Le gouverneur militaire de l’Ituri, en tant que première autorité provinciale sous l’état de siège, porte une responsabilité morale et institutionnelle dans la gouvernance du Lac Albert.
Le silence, l’inaction ou l’opacité face à ces accusations répétées constituent en eux-mêmes une faiblesse grave de leadership.
La population iturienne est en droit d’exiger :
- des audits indépendants sur la gestion sécuritaire et économique du lac,
- des enquêtes impartiales sur les allégations de pêche illégale et de collusion armée,
- la démilitarisation effective des activités économiques,
- l’implication réelle des communautés locales dans la gouvernance du lac.
Pour un sursaut citoyen et institutionnel
Le Lac Albert ne doit pas devenir un symbole de prédation sous couvert de sécurité. Il doit redevenir un espace de vie, de travail et de coopération pacifique.
Dénoncer n’est pas s’opposer à l’État.
Dénoncer, c’est refuser l’impunité, exiger la transparence et défendre l’intérêt général.
L’Ituri mérite mieux qu’une gestion opaque de ses ressources. Le temps est venu pour les autorités compétentes de faire toute la lumière, dans l’intérêt de la paix, de l’environnement et des générations futures.

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