RFO : Quand les Entreprises Minières Sacrificient la Biodiversité pour le Profit
Bunia, 20 décembre 2025.
Par John LUFUKARIBU TOLY, Défenseur de l’Environnement.
La Réserve de Faune à Okapis (RFO), située dans la province de l’Ituri en République démocratique du Congo, est l’un des rares sanctuaires au monde où vivent des espèces emblématiques comme l’okapi — un animal unique, souvent surnommé la “licorne africaine”. Pourtant, ce patrimoine naturel d’importance mondiale est aujourd’hui menacé par des activités minières destructrices, illégales ou semi‑industrielles, qui défigurent le paysage, détruisent les écosystèmes et mettent en péril la biodiversité locale.
Destruction de la forêt et pollution des cours d’eau
Autour du site minier de Muchacha, exploité principalement par la société chinoise Kimia Mining, la déforestation a atteint des niveaux alarmants. Selon des ONG environnementales et des études internationales, des milliers d’hectares de forêt primaire ont été détruits ces dernières années. Les arbres ont été abattus de façon extensive pour permettre l’exploitation aurifère, réduisant l’habitat de nombreuses espèces animales et végétales.
Plus grave encore, les rivières comme l’Ituri sont polluées par les produits chimiques utilisés dans les processus d’extraction, y compris le mercure — un toxique reconnu qui persiste dans les chaînes alimentaires et cause de graves dommages neurologiques chez les humains et la faune.
Une industrie qui enfreint les lois et les protections
La RFO est classée patrimoine mondial par l’UNESCO depuis des décennies et est censée être strictement protégée. Pourtant, des sociétés minières, comme Kimia Mining, opèrent au sein même de cette zone sensible. Un rapport onusien de 2021 indiquait déjà que le site minier de Muchacha se transformait en un village permanent, avec routes, bâtiments et population croissante — une urbanisation de fait au cœur d’une réserve naturelle.
Dans certains cas, les cartes officielles sur lesquelles se base l’administration minière contredisent celles de l’Institut congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN), ce qui questionne la légitimité des permis accordés dans une zone censée être protégée.
Impacts sur la faune, les communautés et les peuples autochtones
La présence minière augmente bien au‑delà des seules zones d’extraction. Selon des rapports indépendants, des dizaines d’opérations semi‑industrielles (parfois détenues par des sociétés congolaises) s’étendent à l’intérieur et autour de la réserve, détruisant l’habitat des éléphants, des pangolins, des primates et de nombreuses espèces moins visibles mais tout aussi essentielles.
Cette explosion d’activité minière attire également des populations cherchant du travail, ce qui alimente la consommation de bushmeat (viande de brousse) et accentue le braconnage, déjà une menace majeure pour la faune.
Les peuples autochtones, comme les communautés Mbuti et Efe, voient leurs droits traditionnels et leur accès à la nourriture et aux ressources naturelles remis en cause. L’exploitation anarchique fragilise leurs moyens de subsistance et leur mode de vie millénaire.
Un appel à l’action avant qu’il ne soit trop tard
Les risques ne sont pas seulement environnementaux : ils sont sociaux et sanitaires. La pollution des eaux et des sols met en danger les populations locales, fragilise la sécurité alimentaire, et compromet l’avenir même de cette forêt unique.
Il est impératif que :
- Les autorités congolaises renforcent la protection juridique de la RFO, en annulant toute concession minière illégale ;
- Les entreprises minières soient tenues responsables des dégâts environnementaux, avec des audits transparents et des mesures de restauration ;
- La communauté internationale apporte un soutien technique et financier réel, pour préserver ce patrimoine mondial et aider les populations locales à promouvoir des alternatives économiques durables.
La biodiversité de la RFO n’est pas une ressource à exploiter, mais un héritage à protéger – pour les générations présentes et futures.
Selon le DDH, John L. TOLY : 👉 « Outre la société Kimia Mining Investment, tristement célèbre pour l’industrialisation du site aurifère de Muchacha, Gold Dragon Ressources RDC opère également dans la réserve, en violation manifeste des lois environnementales congolaises et internationales. En outre, des concessions exploitées par MCC Resources et Congo Maohuai — souvent associées à des partenaires chinois — se trouvent elles aussi à l’intérieur des limites de la RFO, malgré l’interdiction totale de toute exploitation minière dans cette aire protégée. »
👉🏾 : Il existe plus de 70 sites illégaux d’exploitation d’or, souvent liés à des réseaux locaux et étrangers, qui détruisent progressivement la faune et la flore au cœur de cette réserve.
Précise Le Défenseur de l’Environnement, John LUFUKARIBU TOLY, contacté par la rédaction de « ECOSBio-News »


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