La Réserve de Faune à Okapis menacée : comment l’exploitation aurifère détruit la biodiversité (exemple typique de Muchacha
Site d’exploitation aurifère au cœur de la Réserve de Faune à Okapis : la forêt est rasée, les sols sont détruits, la biodiversité sacrifiée pour l’or
1) Contexte — une réserve unique sous pression
Créée pour protéger l’okapi et d’autres espèces rares, la RFO (Ituri, nord-est de la RDC) couvre plus de 13 000 km² et abrite plusieurs milliers d’habitants, y compris des peuples forestiers traditionnels. Dès les années 1990, la réserve a fait l’objet d’une pression croissante : colonisation humaine, exploitation forestière et activités minières illégales. Aujourd’hui, l’or — à la fois artisanale et à plus grande échelle — est l’une des menaces les plus aiguës pour l’intégrité de la réserve.
2) Le mode opératoire de la destruction (comment l’or détruit la nature)
- Déforestation et fragmentation des habitats : l’ouverture de chantiers miniers, les pistes d’accès et les campements provoquent l’abattage d’arbres et morcellent la forêt, réduisant les territoires utilisables par les espèces forestières. Les images satellite montrent des fronts de déforestation liés aux sites aurifères autour de Muchacha.
- Pollution des eaux et des sols : l’or alluvial est souvent extrait avec du mercure utilisé pour amalgamer l’or ; dans certains cas, des procédés semi-industriels peuvent introduire des résidus toxiques (risque de cyanuration). Ces polluants s’accumulent dans les rivières, affectent la pêche, la faune aquatique et la santé humaine.
- Pression sur la faune (braconnage & perturbation) : l’arrivée de mineurs et de réseaux de ravitaillement facilite le commerce illégal d’animaux et augmente le braconnage. Les routes et campements facilitent l’accès des trafiquants et des armes.
- Changement socio-économique et perte de moyens de subsistance : paradoxalement, les activités minières altèrent les économies locales (pollution des terres agricoles et des rivières) et déplacent des communautés, affaiblissant les pratiques traditionnelles durables.
3) Exemple typique : Muchacha et les permis contestés
Les enquêtes journalistiques et rapports récents identifient des sites comme Muchacha (frontière de la RFO) où la présence d’opérateurs — y compris des sociétés étrangères — a produit une déforestation visible et, d’après des sources locales et satellitaires, une contamination. Des cartes et documents officiels contestés ont permis l’émission de permis dans des zones où l’exploitation devrait être interdite ; cela a déclenché des communications officielles (UNESCO) demandant des clarifications et des mesures correctives.
4) Conséquences pour la biodiversité
- Population d’okapis et autres espèces en déclin : raréfaction des ressources, perturbation des aires de reproduction et chasse accrue menacent directement la survie d’espèces sensibles.
- Perte d’endémisme et d’écosystèmes uniques : les inselbergs et certains micro-habitats hébergent des plantes et insectes endémiques — leur destruction signifie une perte irréversible de biodiversité.
- Rupture des services écosystémiques : régulation hydrologique, stockage de carbone et subsistance locale sont compromis, avec des répercussions sur le climat local et la sécurité alimentaire.
5) Cadre légal, responsabilité et impunité
La législation congolaise interdit en principe l’exploitation minière à l’intérieur des aires protégées, et l’UNESCO suit la situation au titre du patrimoine mondial. Pourtant, des divergences entre cartes cadastrales, vulnérabilité institutionnelle, corruption supposée et pressions économiques permettent à certains acteurs de contourner l’interdiction. Les enquêtes ont dénoncé des cas où des permis auraient été délivrés sur la base de limites modifiées ou mal documentées.
6) Impacts humains et droits des peuples autochtones
Près de 25% des habitants autour de la RFO sont des Mbuti et Efe qui dépendent directement de la forêt. L’exploitation aurifère détruit leurs terres de chasse et de cueillette, contamine leurs eaux et fragilise leurs modes de vie traditionnels. Les opérations minières, surtout lorsqu’elles sont menées sans consultation ou en violation des droits fonciers, constituent une atteinte aux droits humains et culturels.
7) Recommandations concrètes (pour les autorités, bailleurs et société civile)
- Clarification immédiate et publication transparente des cartes et permis : rétablir et publier les limites officielles de la réserve, annuler tout permis incompatible avec la zone protégée.
- Arrêt des exploitations illégales & retrait des installations illégitimes : opérations de fermeture en coordination avec ICCN, police environnementale et partenaires internationaux.
- Surveillance satellite et cartographie ouverte : mobiliser outils d’observation (satellite) et ONG pour surveiller déforestation et expansion minière en temps réel.
- Programmes de reconversion économique et soutien aux communautés : offrir alternatives durables (agroforesterie, emplois verts, tourisme communautaire) aux mineurs artisanaux volontaires.
- Évaluation sanitaire et décontamination : tests des eaux, campagnes de santé publique et plans de dépollution (traitement des sites contaminés par le mercure).
- Responsabilité et poursuites : enquêtes indépendantes sur les acteurs impliqués dans la délivrance de permis et sur les sociétés exploitantes, avec sanctions en cas d’illégalités prouvées.
8) Appel — pourquoi agir maintenant
La RFO n’est pas seulement un sanctuaire d’espèces rares : c’est un réservoir de services écosystémiques, un patrimoine mondial et le foyer de cultures humaines uniques. Permettre que l’or ronge ces richesses, c’est accepter une perte irréversible — écologique, culturelle et économique. Des mesures rapides, transparentes et coordonnées peuvent arrêter la dégradation et poser les bases d’un développement réellement durable et respectueux des droits locaux.



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