Analyse scientifique approfondie de l’état écologique de la biodiversité dans les zones sous influence de la rébellion du M23 en République démocratique du Congo
Bunia, par l’expert en restauration des écosystèmes, militant pour la justice environnementale John TOLY.
Résumé
Cette étude approfondie analyse les impacts écologiques multiformes provoqués par l’occupation territoriale et les activités militaires du Mouvement du 23 mars (M23) dans la région du Nord-Kivu, République démocratique du Congo (RDC). En s’appuyant sur des sources scientifiques, des données satellites, des rapports de conservation, des investigations journalistiques et des observations indirectes, ce rapport met en évidence une dégradation accélérée des écosystèmes, l’intensification de l’exploitation illégale des ressources naturelles, une pression anthropique accrue et l’effondrement partiel des systèmes formels de surveillance et de protection de la biodiversité. L’analyse montre que les effets environnementaux du conflit, conjugués aux dynamiques socio-économiques régionales, constituent une menace grave pour la pérennité de la biodiversité du Grand Nord-Kivu, en particulier pour les espèces endémiques et en danger critique d’extinction.
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1. Introduction
1.1. Contexte géopolitique et écologique
L’est de la RDC constitue l’un des foyers mondiaux de biodiversité, abritant des espèces emblématiques telles que :
- le gorille de montagne (Gorilla beringei beringei),
- le gorille de plaine orientale (Gorilla beringei graueri),
- l’okapi (Okapia johnstoni),
- plusieurs espèces d’amphibiens, de reptiles et de plantes endémiques.
La région englobe également deux sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO :
- le parc national des Virunga,
- le parc national de Kahuzi-Biega.
Depuis la résurgence du M23 en novembre 2021, la région connaît une instabilité prolongée marquée par la militarisation, les déplacements massifs des populations et l’effondrement partiel des institutions environnementales. Cette situation constitue un cadre propice à une dégradation écologique rapide et peu contrôlée.
1.2. Problématique environnementale
Les conflits armés dans la région du Kivu ont historiquement été associés à :
- l’exploitation illégale des ressources naturelles,
- la fragmentation des habitats,
- le braconnage,
- l’expansion agricole non contrôlée,
- la pression massive sur les ressources forestières.
L’objectif principal de cette étude est d’examiner de manière exhaustive l’impact de la rébellion du M23 sur la biodiversité et les écosystèmes locaux.
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2. Méthodologie
2.1. Approche analytique
L’étude repose sur plusieurs catégories de données :
a) Données environnementales
- Analyse spatiale de la déforestation (satellite, Global Forest Watch, Sentinel-2, Landsat).
- Observations sur la fragmentation du couvert forestier dans les zones de confrontation militaire.
b) Données socio-environnementales
- Enquêtes indirectes menées par des ONG environnementales locales.
- Analyse des dynamiques humaines dans les camps de déplacés internes.
- Cartographie des zones d’exploitation minière illégale.
c) Données institutionnelles
- Rapports des institutions régionales (ICCN, autorités provinciales).
- Documentation de la réduction des patrouilles dans les aires protégées.
2.2. Limitations
L’accès restreint aux zones contrôlées par le M23 limite la disponibilité de données directes.
Pour pallier ce manque, la méthodologie combine :
- triangulation des sources,
- reconstruction des tendances écologiques,
- analyse comparative avec des cycles de conflit antérieurs (ex : conflits du CNDP, FDLR).
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3. Résultats
3.1. Déforestation et dégradation du couvert forestier
La déforestation constitue l’un des impacts les plus marqués observés dans les zones sous influence du M23.
3.1.1. Extensions illégales de champs agricoles
Sous l’effet des déplacements de populations :
- de nouveaux champs sont ouverts dans les zones forestières,
- les forêts secondaires sont converties en cultures vivrières (manioc, maïs, haricots),
- une pression accrue s’observe dans les zones tampons des parcs.
La perte de couvert forestier réduit les corridors écologiques essentiels à la mobilité des primates, félins et ongulés forestiers.
3.1.2. Production et trafic de charbon de bois
Dans les villages et axes contrôlés par le M23, la production de charbon de bois devient un moteur économique majeur.
Conséquences :
- destruction massive des arbres à haute densité énergétique,
- intrusion dans les forêts primaires parfois centenaires,
- transport clandestin par moto et camion vers Goma et Rutshuru.
3.2. Pression accrue sur la faune sauvage
3.2.1. Perturbation du comportement de la faune
Les bombardements, détonations et mouvements de troupes :
- modifient les trajectoires migratoires des animaux,
- provoquent la dispersion des groupes de primates,
- entraînent l’abandon de zones traditionnellement fréquentées.
3.2.2. Braconnage intensifié
En l’absence de patrouilles suffisantes :
- les pièges métalliques sont omniprésents,
- les espèces les plus touchées sont : céphalophes, singes, pangolins, porc-épics,
- les primates non humains sont chassés comme source de protéines.
Le commerce de viande de brousse s’intensifie dans les zones de conflit.
3.3. Exploitation illégale des ressources naturelles
3.3.1. Extraction minière
Les sites d’extraction clandestins se multiplient dans les zones forestières reculées.
Impacts :
- pollution des rivières (mercure et coltan),
- destruction des berges,
- disparition des micro-habitats aquatiques.
3.3.2. Contrôle des routes minières
Le M23 impose des taxes sur :
- le transport du coltan,
- l’or,
- le cassitérite,
- les produits forestiers.
Cette dynamique crée un système économique parallèle destructeur pour les ressources naturelles.
3.4. Déplacements humains et pression anthropique
Les conflits ont provoqué des déplacements internes dépassant plusieurs centaines de milliers de personnes.
Dans les zones d’accueil :
- défrichage massif pour installer les camps,
- collecte intensive de bois de chauffe,
- apparition de “villages spontanés” dans les réserves naturelles.
3.5. Effondrement partiel des systèmes de conservation
La présence du M23 dans les parcs réduit drastiquement :
- les patrouilles des écogardes,
- le suivi des espèces phares (gorilles, éléphants, okapis),
- l’entretien des infrastructures de surveillance.
L’absence de gouvernance environnementale favorise un cercle vicieux d’exploitation et de dégradation accélérée.
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4. Discussion
L’analyse démontre que les zones sous contrôle du M23 connaissent un ensemble de pressions environnementales caractéristiques des conflits prolongés, mais avec une intensité particulièrement élevée en raison des facteurs suivants :
✔ Richesse exceptionnelle en ressources naturelles
La région attire des activités illicites : mines, bois précieux, charbon.
✔ Faiblesse de l’État et absence de gouvernance environnementale
Les institutions incapables de faire appliquer les lois environnementales.
✔ Mobilité des populations et stress socio-économique
L’augmentation du nombre de ménages dépendants des ressources forestières contribue à dégrader les écosystèmes.
✔ Effondrement des mécanismes de protection
Moins de patrouilles = plus de braconnage, plus de coupe illégale, plus de mines clandestines.
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5. Conclusion
L’impact écologique de l’occupation par le M23 révèle une situation de crise environnementale profonde. L’association entre militarisation, exploitation anarchique des ressources, déforestation et effondrement des structures de protection constitue une menace directe pour la biodiversité du Nord-Kivu.
Si des mesures urgentes ne sont pas mises en place, les dommages écologiques pourraient devenir irréversibles dans plusieurs secteurs critiques.
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6. Recommandations scientifiques et techniques
6.1. Renforcement de la surveillance environnementale (pour compenser le manque d’accès physique aux zones à risque.)
- Approfondir le monitoring satellitaire de la déforestation.
- Développer des systèmes automatisés d’alerte (IA, télédétection).
6.2. Soutien aux acteurs locaux (Soutenir financièrement les organisations locales qui assurent la veille écologique malgré l’insécurité.)
- Former et équiper les écogardes encore opérationnels.
- Soutenir les ONG d’écologie communautaire.
6.3. Approches communautaires
- Promouvoir des foyers améliorés pour réduire la consommation de bois.
- Créer des zones de reforestation près des camps.
6.4. Mesures régionales (Créer un cadre régional de lutte contre l’exploitation illégale du charbon et du coltan.)
- Coopération transfrontalière pour lutter contre les réseaux d’exploitation illégale.
- Mise en place d’une base de données régionale sur les impacts environnementaux des conflits.


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